SAGESSE ET COMPASSION
Enrique Martínez LozanoMt 5, 38-48
Pour commencer, il peut sembler étrange de lire un tel consigne: Soyez parfaits, comme votre Père céleste est parfait". Surtout, si nous sommes conscients, aussi bien des conséquences désastreuses de perfectionnisme, que des problèmes non résolus qu'il tache de cacher -et qui souvent gardent relation directe avec des sentiments de culpabilité et d'indignité-.
Certains exégètes interprètent que, en hébreu, on voulait évoquer quelque chose de "complet". En ce sens, l'invitation à être "parfaits" il faudrait la comprendre comme un appel à s'accepter dans toute la vérité à soi. Ce sens serait tout à fait admis à partir d'une anthropologie humaniste, comme un principe de base de l'unification et de la croissance: acceptez-vous avec toute votre vérité, votre lumière et votre ombre, vos succès et vos échecs, vos points forts et faiblesses...
Mais il ne serait pas étrange que l'auteur de l'Evangile voudrait vraiment faire un appel à la "perfection", tel que l'ont compris beaucoup de personnes religieuses à travers l'histoire. Le groupe pharisien lui-même était caractérisé par une attitude de ce genre et de nombreux groupes religieux sont nés et ont grandi suivant les lignes de formation de ce qu'on a appelé "l'idéal de la perfection", qui a généré tant de rigidité, de culpabilité, des scrupules... et du phariséisme.
Il ne serait étonnant que ce soit que l'interprétation de Matthieu, parce que Luc change les paroles de Jésus pour écrire: "Soyez miséricordieux [compassion] comme votre Père est miséricordieux [compassion]" (Luc 06:36). Sans aucun doute, cette expression semble plus appropriée, même pour tout le contexte.
La compassion est une des entrailles du message évangélique, et a été particulièrement soulignée par Luc. Jésus apparaît essentiellement comme homme fraternel et de compassion, au point de s'identifier à tous, surtout avec ceux qui sont dans le besoin, disant même: "Ce que vous aurez fait à l'un d'eux, vous l'aurez fait à moi-même" (Mt 25:31-45).
Parce que la compassion surgit de la compréhension. Seulement quand je saurai -pas conceptuel, mais par expérience - que "toi tu es un autre moi", de mon cœur surgira un sentiment de compassion et une action à ta faveur.
Et ce n'est alors que nous serons capables de lire et de comprendre les paroles de Jésus reccueillies dans le texte en question. Sans cette expérience-là –sans la sagesse née au-delà du mental- il est impossible d'aimer l'ennemi, de donner le manteau à celui qui veut vous enlever la tunique, ou de ne pas se dérober de celui qui vous demande.
Une telle attitude ne surgit que des personnes qui, consciemment ou non, se vivent en lien avec leur véritable identité, l'identité partagée avec tous les êtres. Autrement, il serait impossible. Et nous convertissons le texte de l'Evangile en un principe moralisateur qui exige quelque chose d'inhumain, pour en finir frustrés, déçus ou cyniques.
Se vivre en lien avec la véritable identité implique avoir pris du recul par rapport à l'ego, au point de cesser de croire que c'est bon pour l'ego est bon pour moi. Et commencer à découvrir justement tout le contraire: celui qui "je suis" sait que "ton bien est mon bien", parce que nous ne sommes qu'un.
Ce qui arrive c'est que cela ne peut être vu ni vécu à partir du moi. Parce que tant que dure notre identification avec lui, nous ne pourrons pas faire autre chose que le soutenir à tout prix et coûte que coûte.
Cependant, aux moments où nous sommes en lien de notre véritable identité, non seulement nous aimons ce qui est, mais nous voyons tomber toute exigeance égoïque, parce que l'ego n'est plus notre centre d'intérêt.
La conclusion à laquelle nous arrivons est évidente: il s'agit de favoriser la compréhension, de croître en conscience. Et cela emplique avancer dans la dés-identificationdu moi. Tous les moyens qui nous aident à reconnaître que nous ne sommes pas le moi, seront bienvenus comme des outils qui nous aideront à croître en liberté et en conscience de votre vraie identité.
Celle-ci est, à mon avis, la raison pour laquelle Jésus n'a pas été moralisateur, mais un professeur de sagesse. Parce que ce n'est qu'à partir de la sagesse (= la reconnaissance "goûtée" de notre véritable identité) qu'est possible la compassion.
Enrique Martìnez Lozano
Traducteur: María Ortega